Ephéméride du 1er septembre

1939 : expulsion des Alsaciennes, de leurs enfants

et de leurs parents.

 

 

 

Témoignage personnel de Moritz Gerber*

Dès le début de la guerre, tous les hommes âgés de 18 à 48 ans ont été mobilisés. Les anciens Feldgrauen alsaciens, ayant servi dans l’armée impériale durant la Première Guerre mondiale et maîtrisant mal le français, ont eu des soucis de communication avec les gradés dans les casernes françaises.

Il ne s’agit pas d’évacuations mais bien d’expulsions. Celles-ci, en zones frontalières, ont été d’une grande violence morale. Les personnes âgées, les femmes et leurs jeunes enfants ont été expulsés manu-militari de leurs logements avec quelques kilos de bagages et juste de quoi se nourrir. Il était strictement interdit de fermer les portes à clé.

300 000 expulsés alsaciens avaient quelques heures pour rejoindre des points de rassemblement avant d’être embarqués dans des wagons à bestiaux. Il n’était pas toujours tenu compte de l’état physique des personnes ; une de mes tantes a ainsi accouché en cours de route. On peut imaginer la détresse des femmes, incertaines de revoir un jour leur mari.

Il n’y avait rien à voler chez mes grands-parents. Aux murs de leur chambre étaient accrochés le « Vaterunser » (Notre Père) en gothique ainsi que le diplôme de confirmation de ma grand-mère de 1923, rédigé en allemand. Les soldats français chargés de la surveillance visitaient les habitations. Ils ont fait leurs besoins dans le lit de mes grands-parents. Je les imagine, le soir, goguenards à la caserne : « On a chié dans le lit des Boches ».

Le voyage a duré plusieurs jours, avec des arrêts-pipi toutes les quelques heures. Les Alsaciens ont été disséminés dans de nombreux villages et hameaux. Le Gouvernement réalisait un vieux rêve des Révolutionnaires : mélanger les Alsaciens germanophones chrétiens à une population francophone et peu pratiquante. Des aides sociales ont été mises en place pour les expulsés.

Après la démobilisation, de nombreux Alsaciens ont réussi à rejoindre leurs familles dans le sud-ouest de la France. Fin 1940, les aides sociales ont été supprimées et la plupart des Alsaciens devenus indésirables ont été renvoyés chez eux dans des wagons à bestiaux.

À leur retour en Alsace, il n’y avait rien à manger puisque tous les commerces ont été fermés. Les Alsaciens ont été pris en charge par la Croix-Rouge allemande qui a mis en place des « soupes populaires ».

Autre mauvaise surprise : le plus gros de l’Armée française, qui avait quitté l’Alsace avant l’arrivée des Allemands, s’était empressée de détruire routes, ponts, chemins de fers, écluses, pylônes électriques et télégraphiques, centrales électriques…

*Historien, membre du conseil scientifique d’Unsri Gschìcht

Photo : Dna

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