11 novembre 1918 en Alsace et en Moselle

Pour des commémorations respectueuses de notre histoire 

Lexique

Ich hatt’ einen Kameraden

J’avais un compagnon. Composée en 1809 à Tübingen par le poète romantique Ludwig Uhland (1787-1862), cette complainte – Der gute Kamerad (Le bon compagnon) dans son titre originel – devient un chant militaire lorsqu’il est mis en musique (1789-1860) par le compositeur allemand Friedrich Silcher.

Loin de véhiculer un quelconque message belliqueux, il exprime avec puissance la douleur de perdre au combat un bon camarade. C’était déjà, durant la Première Guerre mondiale, un chant populaire de l’armée allemande.

Francisation des prénoms

Au lendemain du traité de Versailles, la langue française est imposée dans les actes et documents officiels en Alsace. Dès lors, lorsque seront inscrits sur les monuments aux morts les Franz, Peter, Karl et autres Josef – tous nés et morts allemands et dont les prénoms se transmettent souvent de pères en fils depuis des générations – sont-ils rebaptisés brutalement François, Pierre, Charles et Joseph… Il s’agit là d’une violation des histoires individuelles, doublée d’une étonnante atteinte à la vérité historique.

Notons toutefois certaines exceptions – comme à Geispolsheim et Lampertsloch (Bas-Rhin) – où les prénoms figurent sur les monuments dans leur forme initiale et donc véritable, sans que la République se trouve en péril dans ces communes…

Libération de l’Alsace-Moselle en 1918

Selon le Larousse, libération désigne une « action mettant fin à la sujétion qui atteint un groupe, un peuple ». Utilisée par l’historiographie officielle française pour justifier une stratégie conquérante, la victoire française de 1918 ne peut, au regard des réalités historiques vécues par les Alsaciens-Lorrains, être qualifiée de libération.

Concernant l’Alsace et la Moselle, il convient de désigner le 11 novembre uniquement comme le jour de l’armistice et non, du point des Feldgrauen, comme celui de la victoire, encore moins celui de la libération. On parlera, pour qualifier les événements de novembre 1918 en Alsace et en Moselle, d’entrée des troupes françaises, de reconquête, voire d’occupation (jusqu’à la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919).

Après leur démobilisation et retour dans leur Heimet d’Alsace et de Lorraine, les anciens Feldgrauen ne participèrent pas aux cérémonies du 11 novembre organisées dans leur commune. Une attitude légitime.

Libération – avec une majuscule – désigne, à raison, la victoire des Alliés sur l’idéologie nazie en 1945.

Malgré-nous

Cette expression est souvent utilisée – à tort ! – pour désigner les Feldgrauen alsaciens-lorrains de la Première Guerre mondiale.

En 1914, comme tous les citoyens allemands, les Alsaciens-Lorrains furent incorporés dans la plus stricte légalité, avec un sentiment patriotique similaire que l’on attribue aux incorporés français. Si, dès l’entre-deux-guerres, d’anciens combattants francophiles mosellans inventèrent l’expression Malgré-nous, ils ne parvinrent cependant à la populariser, puisqu’elle ne correspondait pas au vécu de la plupart des anciens Feldgrauen.

L’expression Malgré-nous est aujourd’hui utilisée pour désigner les Alsaciens-Lorrains incorporés de force par le IIIe Reich à partir de 1942, en violation du droit international.

Poilu

L’expression désigne les soldats français de la Première Guerre mondiale. La commémoration du centenaire de la Grande Guerre a donné lieu à de nombreuses animations publiques et scolaires tendant à assimiler les Feldgrauen alsaciens-lorrains aux poilus.

Ainsi, malgré l’absence de soldats morts pour la France dans de nombreuses communes en Alsace et en Moselle, des lettres de poilus – bien sûr respectables en soi – sont lues devant les monuments aux morts. Prétendre rendre hommage aux Feldgrauen en leur lisant des lettres de leurs ennemis apparaît comme totalement saugrenu, alors que la vérité historique impose de lire leurs lettres… à eux ! Il est tout aussi saugrenu d’entonner La Madelon pour honorer la mémoire des Feldgrauen.

Ces rituels, légitimes en vieille France, constituent en Alsace et en Moselle une déformation grotesque et intellectuellement malhonnête de la réalité historique. Voire une insulte à la mémoire de nos aïeux.

Rot un Wiss

Contrairement à une idée reçue, le drapeau Rot un Wiss (rouge et blanc) n’appartient à aucun parti politique ni groupuscule quelconque. Puisant ses racines dans l’héraldique médiévale, il est devenu le drapeau du peuple alsacien à la fin du XIXe siècle. Il fut logiquement adopté à l’unanimité par le Landtag du Reichsland le 25 juin 1912 pour constituer, assorti d’une croix de Lorraine, le drapeau officiel de l’Alsace-Lorraine. Sans dimension partisane, il incarne l’âme du peuple alsacien.