Découvrez ici l’éphéméride d’Unsri Gschìcht sur l’histoire de l’Alsace-Moselle

EPHEMERIDE : du grec ephêmeris, livre indiquant les événements arrivés le même jour de l’année, à différentes époques. Larousse.

Cette page va être progressivement complétée…

20 Septembre 1792 : création de l'état-civil

Par Moritz Gerber, membre du conseil scientifique

La création de l’état-civil le 20 septembre 1792 n’est pas anodine. Dès leur prise de pouvoir, les révolutionnaires cherchent à créer un Etat-nation en tentant d’éradiquer toutes les particularités des peuples vivant en France. Le but est de contrôler les populations et de confisquer le pouvoir aux religieux.

À partir de 1793, les registres doivent être tenus en français et en double exemplaire par les officiers municipaux. En terres germaniques, la chose est impossible : plus de 92 % de la population alsacienne ne comprend pas le français. Dans de nombreuses mairies, les naissances, mariages et décès continueront à être rédigés en allemand durant une vingtaine d’années. Ce n’est qu’à partir de 1811 que les registres d’état-civil seront tenus partout en français par la mise en place de registres pré-imprimés dans lesquels il suffira de renseigner les cases nom, prénoms, lieux, dates…

Pour mémoire, depuis la nuit des temps, les Alsaciens portent des prénoms allemands. Pour la première fois, on les affuble de prénoms français.

Les officiers d’état-civil ont ordre de n’inscrire que des prénoms français dans les registres. Ils francisent systématiquement les prénoms allemands. Les déclarants signeront cependant Johann ou Peter durant des générations.

Les noms de famille féminins sont également supprimés. Une des richesses linguistiques de la langue allemande fut en effet, pendant longtemps, la féminisation des noms de familles. Le nom de l’épouse et des filles de Müller sont orthographiés Müllerin dans les registres paroissiaux. On constate aussi l’éradication des ä, ö, ß, ü, ÿ…

1er Septembre 1939 : évacuation des Alsaciennes, de leurs enfants et de leurs parents

évacuation 1939

Témoignage personnel de Moritz Gerber*

Dès le début de la guerre, tous les hommes âgés de 18 à 48 ans ont été mobilisés. Les anciens Feldgrauen alsaciens, ayant servi dans l’armée impériale durant la Première Guerre mondiale et maîtrisant mal le français, ont eu des soucis de communication avec les gradés dans les casernes françaises.

Il ne s’agit pas d’évacuations mais bien d’expulsions. Celles-ci, en zones frontalières, ont été d’une grande violence morale. Les personnes âgées, les femmes et leurs jeunes enfants ont été expulsés manu-militari de leurs logements avec quelques kilos de bagages et juste de quoi se nourrir. Il était strictement interdit de fermer les portes à clé.

300 000 expulsés alsaciens avaient quelques heures pour rejoindre des points de rassemblement avant d’être embarqués dans des wagons à bestiaux. Il n’était pas toujours tenu compte de l’état physique des personnes ; une de mes tantes a ainsi accouché en cours de route. On peut imaginer la détresse des femmes, incertaines de revoir un jour leur mari.

Il n’y avait rien à voler chez mes grands-parents. Aux murs de leur chambre étaient accrochés le « Vaterunser » (Notre Père) en gothique ainsi que le diplôme de confirmation de ma grand-mère de 1923, rédigé en allemand. Les soldats français chargés de la surveillance visitaient les habitations. Ils ont fait leurs besoins dans le lit de mes grands-parents. Je les imagine, le soir, goguenards à la caserne : « On a chié dans le lit des Boches ».

Le voyage a duré plusieurs jours, avec des arrêts-pipi toutes les quelques heures. Les Alsaciens ont été disséminés dans de nombreux villages et hameaux. Le Gouvernement réalisait un vieux rêve des Révolutionnaires : mélanger les Alsaciens germanophones chrétiens à une population francophone et peu pratiquante. Des aides sociales ont été mises en place pour les expulsés.

Après la démobilisation, de nombreux Alsaciens ont réussi à rejoindre leurs familles dans le sud-ouest de la France. Fin 1940, les aides sociales ont été supprimées et la plupart des Alsaciens devenus indésirables ont été renvoyés chez eux dans des wagons à bestiaux.

À leur retour en Alsace, il n’y avait rien à manger puisque tous les commerces ont été fermés. Les Alsaciens ont été pris en charge par la Croix-Rouge allemande qui a mis en place des « soupes populaires ».

Autre mauvaise surprise : le plus gros de l’Armée française, qui avait quitté l’Alsace avant l’arrivée des Allemands, s’était empressée de détruire routes, ponts, chemins de fers, écluses, pylônes électriques et télégraphiques, centrales électriques…

*Historien, membre du conseil scientifique d’Unsri Gschìcht

Photo : Dna

24 juillet 1931 : décès de l'abbé Wetterlé

Le germanophobe Émile Wetterlé est mort le 24 juillet 1931, à l’âge de 70 ans. Bien qu’ancien député au Landtag de Straßburg, Wetterlé a passé la guerre à comploter contre son pays, au Service de propagande français. Malgré que les trois-quarts des Feldgrauen Alsaciens-Lorrains aient été tués sur le front français, Wetterlé n’a eu aucun mot de compassion pour ses compatriotes. Le 22 juin 1922, il participe à Paris, à une cérémonie à l’Arc de triomphe, en mémoire des soldats français morts pour la France (photo). Il lui est reproché de n’avoir jamais protesté contre la déclaration de guerre.

Surnom donné par le général allemand Keim à l’abbé Wetterlé pour son antigermanisme viscéral : « Misérable apôtre de la haine ».

Épitaphe de Wetterlé au cimetière de Colmar : « Je n’ai eu que deux amours au cœur, l’amour de l’Église et l’amour de la France ».

Pour mémoire :

Le 11 novembre 1918, les députés du Landtag Wetterlé & Weill siègent au Parlement français. L’abbé Wetterlé et Georges Weill en uniforme d’officier français sont au premier rang de la tribune de l’Assemblée nationale pour écouter le discours de Clémenceau :

« Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et à la Lorraine retrouvées. Et puis, honneur à nos grands morts qui nous ont fait la victoire ! »… « Nous demandons que les députés d’Alsace-Lorraine qui sont présents dans cette salle, aient les honneurs de la séance ».