Neuviller-la-Roche : Unsri Gschìcht a écrit au maire…

A propos du centenaire du monument aux morts

Samedi, 10 juillet 2021

Monsieur le maire,

C’est avec étonnement que avons lu, dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 8 juillet 2021, un article consacré au centenaire du monument aux morts de votre commune qui retranscrit des extraits du discours du pasteur Abt tenu en 1921, lors de l’inauguration dudit monument. « En signe de respect et de reconnaissance », précise l’article, vous avez, aujourd’hui, déposé une gerbe à l’occasion de cette commémoration.

Mais de quel respect et de quelle reconnaissance s’agit-il ? Le centenaire du monument aux morts de Neuviller-la-Roche n’aurait-il pas dû être l’occasion de dénoncer les propos mensongers tenus par le pasteur Abt en 1921, plutôt que de les répéter ?

En effet, vous n’êtes pas sans ignorer que l’Empire allemand avait obtenu l’Alsace-Lorraine par un traité en bonne et due forme conclu en 1871 avec la France. Il ne peut donc être qualifié d’« envahisseur » ! D’autant que le Reichsland Elsass-Lothringen a bénéficié d’institutions politiques propres dont l’autonomie a été élargie avec la constitution de 1911. Les libertés y étaient respectées, notamment linguistiques, des minorités de patois roman.

Quant au prétendu « culte du souvenir », les Alsaciens s’étaient accommodés au régime allemand au courant des deux décennies suivant le changement de souveraineté. Si une mouvance francophile est réapparue dans certains cercles dans les années 1900, elle fut très largement minoritaire, comme en atteste le résultat des élections régionales de 1911.

Le « pays même de la liberté » prétend le pasteur Abt, alors que l’Alsace-Lorraine a vécu, entre novembre 1918 et juin 1919, sous un régime de dictature militaire qui a procédé à une véritable épuration ethnique – instauration de cartes d’identités discriminatoires et expulsion de 150 000 Alt-Deutsche -, à la suppression du parlement alsacien-lorrain et à une francisation brutale, au mépris des droits linguistiques et culturels de la majorité de la population, alors germanophone.

Les soldats de Neuviller-la-Roche auraient « donné leur vie […], en secret, pour la France » : c’est peut-être là le mensonge le plus cruel. Non, monsieur le maire ! Les soldats alsaciens de la Première Guerre mondiale n’étaient pas des Malgré-Nous ! Ils ont servi loyalement dans l’armée allemande. Comme vous le savez, seul un soldat de Neuviller-la-Roche est mort sous l’uniforme français. Les autres sont tombés sous l’uniforme allemand… dont au moins la moitié sur le front de l’ouest, c’est-à-dire sous les balles britanniques… ou françaises.

Il nous semble aujourd’hui nécessaire que les communes alsaciennes et mosellanes cessent d’être complices d’un mensonge d’Etat – allant jusqu’à franciser les prénoms des Feldgrauen sur les monuments aux morts – en infligeant une seconde mort, mémorielle celle-là, à leurs aïeux. En amalgamant le contexte de la Première Guerre mondiale à celui, détestable, de la Seconde, le roman national a amené les Alsaciens et les Mosellans à nier leur propre culture.

Aussi sommes-nous, monsieur le maire, à votre disposition pour une conférence, dans votre commune, à votre convenance, à l’issue de laquelle vous rejoindrez peut-être les maires d’Alsace et de Moselle qui refusent le frelatage de notre passé en s’engageant à organiser une commémoration du 11 novembre respectueuse de notre histoire. Vous en trouverez les modalités sur notre site www.unsrigschicht.org.

Parce que la sauvegarde de notre culture passe aussi par la connaissance de notre histoire.

Avec mes sincères salutations,
Dr Eric Ettwiller
président

Monument aux morts - Neuviller-

Neuviller-la-Roche / Neuweiler :
Les soldats morts durant la Première Guerre mondiale – voir la liste >

Le monument aux morts de Neuviller-la-Roche fait état de 20 soldats tués.
Les registres de décès de la commune contiennent des actes pour 15 d’entre eux. Les 5 soldats dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts mais dont les actes de décès ne figurent pas dans les registres consultés (1914-1922) sont : Charles Bohy, Alfred Claude, Albert Grandgeorge, André Grohens et Alfred Pernet.

Par ailleurs, lesdits registres contiennent des actes pour 4 soldats domiciliés à Neuweiler/Neuviller-la-Roche mais non originaires de la commune : Gustav Bresch, pasteur, né à Colmar ; Heinrich Eloi Lienenmann, ouvrier, né à La Broque ; Daniel Fritz Stempfer, instituteur, né à Strasbourg ; Alfred Woehrel, instituteur, né à Erstein.

Sur les 15 noms inscrits sur le monument aux morts et dont les décès ont été enregistrés par la commune entre 1914 et 1922, 14 ont combattus dans l’armée allemande et étaient donc des Feldgrauen, tandis qu’un seul a combattu dans l’armée française.

Les soldats allemands de Neuweiler / Neuviller-la-Roche n’étaient pas des Malgré-Nous : ils ont servi leur patrie d’alors, l’Allemagne. Le contexte de la Première Guerre mondiale est en effet radicalement différent de celui de la Seconde, contrairement à ce que le roman national tente de faire croire (lire 1914-1918 en Alsace-Moselle, paru aux éditions Unsri Gschìcht et voir notre campagne pour des commémorations du 11 novembre respectueuses de notre histoire).