A l’initiative de personnalités politiques alsaciennes et mosellanes était fondé, le 24 mai 1926 à l’hôtel Luxof à Strasbourg, l’Elsass-Lothringischen Heimatbund destiné à préserver, par un front uni transpartisan, les spécificités culturelles, cultuelles et économiques de ces territoires au sein de la République française. Des spécificités que les les gouvernements succesifs français, intoxiqués par le roman national, ne parvenaient pas à comprendre. Il y a 100 ans déjà…

1. Le contexte alsacien avant 1926

Ayant remporté la lutte pour l’autonomie, en 1911, les Alsaciens-Lorrains obtenaient de l’Allemagne leur propre Constitution ainsi qu’un statut d’autonomie avec un gouvernement à Strasbourg leur permettant de gérer leurs affaires sur place. Au sein du Reichsland, ils bénéficiaient de lois sociales parmi les plus progressistes d’Europe, d’infrastructures modernes et d’une administration efficace. Ils étaient donc pleins d’espoir pour leur avenir dans le Reich et son système fédéral dans lequel ils avaient pris leurs marques ; leur intégration était en passe de se réaliser : « En 1914, rares sont les Alsaciens qui militent encore pour un retour à la France », note Alfred Wahl[1]. Et lors de la mobilisation de 1914, la population alsacienne fit preuve de loyalisme. Aussi, au début du conflit prit-elle généralement position pour le Reich en témoignant d’une réelle solidarité avec les Allemands.

L’Alsace émancipée

Durant la période du Reichsland, les Alsaciens avaient acquis une nouvelle fierté ainsi qu’un sentiment national. Maîtres dans leur pays et libres de décider de ce qu’ils jugeaient bon pour eux, ils avaient développé un esprit de responsabilité ainsi qu’une maturité politique : « L’Alsace revenait plus consciente de sa personnalité qu’elle avait appris à défendre contre toutes les tentatives d’oppression, fortifiée dans la lutte, jalouse des libertés conquises, habituée à prendre elle-même en main le soin de ses propres affaires », écrit le chanoine Eugène Muller[2]. À l’évidence, l’Alsace émancipée de 1918 n’était plus celle de 1870.

Alors que les esprits s’échauffaient partout en faveur de la guerre, les Alsaciens y étaient opposés : « Le peuple alsacien, dans son écrasante majorité, n’a pas voulu de guerre. Ce qu’il voulait, c’était achever son développement politique dans le cadre de l’empire allemand…», avaient déclaré solennellement et conjointement les présidents des deux chambres du Landtag, le Dr Hoeffel et le Dr Ricklin, soutenus par leurs collègues, lors de la session du 5 juin 1917. Quant au pasteur Charles Scheer, député de Mulhouse en 1919, il avait écrit en 1914 : « Aucun danger national venant de l’Alsace ne menace l’Empire allemand (…) Les Alsaciens ont renoncé à l’appartenance politique à la France (…) (Ils) sont animés d’un esprit démocratique et sont prêts à collaborer, dans le cadre de l’État allemand, à la réalisation des grandes idées libérales de la philosophie classique allemande »[3]. De fait, dans leur grande majorité les Alsaciens voulaient rester Allemands.

Le 25 octobre 1918, pour tenter de sauver le Reichsland, le Reichstag vota in extremis une loi qui devait en faire un État autonome à 100%. Une mesure trop tardive pour pouvoir être mise en oeuvre. Par ailleurs la dureté de la dictature militaire allemande des années de guerre avait beaucoup entamé le crédit de l’Allemagne : « En 4 ans, le pouvoir militaire a réussi par ses excès à détacher l’opinion de l’Allemagne », écrit Bernard Vogler[4]. Aussi, pour éviter le rattachement à la France, dès septembre 1918, beaucoup se tournèrent vers l’option neutraliste.

L’arrivée des « Libérateurs » et l’éblouissement tricolore

La France avait fait du retour de l’Alsace un but de guerre. Aussi, les grandioses fêtes de la « Libération » de novembre 1918, parfaitement orchestrées par la propagande française pour susciter l’enthousiasme, devaient-elles marquer le retour définitif de la « mère patrie ». Elles devaient surtout servir à éviter le plébiscite qu’avait prôné l’Américain Wilson[5].

Mais pour les Alsaciens, l’armistice signifiait avant tout la fin des souffrances et des privations dues à la guerre, ainsi que le retour des Feldgraue alsaciens, maris, frères ou fils.

De leur côté, officiels et généraux français s’étaient répandus en assurances solennelles et enjôleuses de respect à l’égard des particularismes alsaciens et des libertés. Tous brossaient des tableaux idylliques d’un avenir radieux : le paradis tricolore attendait les Alsaciens ! De là allait naître une atmosphère de confiance. Beaucoup se mirent à rêver à des jours meilleurs en oubliant les vieilles tares originelles de la France « une et indivisible », son jacobinisme obsessionnel, son laïcisme et sa négation systématique des identités régionales. Certains caressaient même l’espoir d’une Alsace-Lorraine autonome sous souveraineté française.

La douche froide

Mais inéluctablement les Français revenaient avec leur ego de conquérants, leur idéologie jacobine surannée, leur centralisme archaïque, leurs préfets… et leur germanophobie viscérale. Ils n’avaient qu’une hâte : « débochiser l’Alsace » pour tourner rapidement la page du Reichsland.

D’ailleurs, en violation du droit international, une des premières mesures françaises fut de livrer l’Alsace-Lorraine au nettoyage ethnique qui se solda par l’expulsion de 128 000 à 150 000 Altdeutsche, qualifiés d’Indésirables, et Alsaciens germanophiles[6]. D’autres mesures iniques furent l’instauration de cartes d’identités discriminantes, selon des critères ethniques, et la création de commissions de triage, simulacres de tribunaux, instituées dès le 2 novembre 1918. Le droit du sol était foulé aux pieds. La revente des biens allemands séquestrés à la suite des expulsions donna lieu à d’énormes magouilles financières qui heurtèrent les Alsaciens.

2. De déceptions en désillusions

D’entrée, les autorités françaises affichèrent leur intention de procéder à une assimilation rapide et totale de l’Alsace à la France. Du jour au lendemain on demanda aux Alsaciens de renier leur identité pour se fondre dans le moule français. La langue allemande du pays fut clouée au pilori, ostracisée à l’école et considérée comme une langue étrangère. L’option d’un bilinguisme officiel ne fut pas même envisagée. Bilinguisme n’est pas français !

Les Alsaciens et leurs acquis du Reichsland furent traités par le mépris, la Constitution alsacienne et les institutions du Reichsland ignorées. Le Landtag, qui jadis votait le budget et les lois du pays et qui s’était transformé en Conseil National (Nationalrat), fut supprimé.

Pour hâter l’assimilation linguistique, à l’école on eut recours à la « méthode directe » qui consistait à plonger les élèves dans un bain linguistique exclusivement français, sans référence aucune à l’allemand[7]. L’université de Strasbourg fut mise au service de la francisation de l’Alsace. Le Président Raymond Poincaré[8] lui attribua la mission de « citadelle avancée de l’esprit français sur le Rhin ». Christian Pfister, nommé dès 1919 à la chaire d’Histoire, fut chargé de réécrire l’histoire dans un sens français.

Quant à la nouvelle administration du pays, elle s’avéra très vite d’une parfaite inefficacité. Dès 1919, elle conduisit à des difficultés économiques et des grèves qui, à partir de 1920, mutèrent en une lutte pour la défense des Heimatrechte et le respect des droits acquis.

Parachutés en grand nombre aux postes de commandement du pays, les fonctionnaires français, grisés par la victoire et persuadés de leur supériorité culturelle, se conduisirent souvent en véritables fonctionnaires coloniaux, imposant partout leur langue… que 90% des Alsaciens ignoraient. Quant aux fonctionnaires alsaciens, en raison de leur connaissance imparfaite du français, ils perdaient tout espoir d’avancement et voyaient leurs traitement diminuer.

Effarés par l’obsession centralisatrice des Français et agacés par l’inefficacité de leur système politique, les Alsaciens raillaient la pagaille et les lenteurs administratives.

Enfin, du côté des catholiques alsaciens, on s’inquiétait à raison du laïcisme et de l’anticléricalisme des Français. Ainsi, les motifs d’insatisfaction s’accumulèrent et ne tardèrent pas à raviver le feu de l’autonomisme qui couvait.

La déclaration d’Édouard Herriot mit le feu aux poudres

Le 17 juin 1924, le président du Conseil Édouard Herriot annonça l’introduction de la législation républicaine en Alsace, dont les lois laïques[9] et la suppression du Commissariat général pour l’Alsace-Lorraine à Strasbourg[10]. Dès lors la cote de la France s’effondra.

Les catholiques se mobilisèrent alors pour en finir avec la dictature et les oukases parisiens. Des manifestations de protestation contre la politique du cartel des gauches dirigé par Herriot éclatèrent. Ainsi, le 20 juillet 1924, une protestation monstre réunit 50 000 personnes place Kleber.  À la chute du cabinet Herriot, le 10 avril 1925, c’est son successeur Paul Painlevé qui, par une déclaration apaisante le 21 avril, mit fin au conflit.

Le 9 mai 1925 parution du premier n° de la Zukunft

Peu après la chute du gouvernement Herriot parut un nouvel hebdomadaire relayant la grogne qui montait, Die Zukunft, créée à l’initiative de René Hauss, fils de l’ancien secrétaire d’État du Reichsland, du journaliste Paul Schall et du banquier Émile Pink.

  1. Premier numéro de la Zukunft

Ce journal revendiquait un statut d’autonomie semblable à celui de 1911, mais dans le cadre de la France et dans un sens fédéraliste, et appelait au rassemblement des Alsaciens décidés à sauvegarder les droits de la Heimat. Pour favoriser le consensus, il évitait cependant de mettre en avant la question religieuse. La Zukunft souscrivait à l’idée d’une « minorité nationale alsacienne » et se montrait favorable à un plébiscite et à une renégociation du traité de Versailles, ce qui éveilla immédiatement un formidable écho[11]. Pour Alfred Wahl[12], la parution de la Zukunft « est un événement essentiel de l’histoire de l’Alsace de l’entre-deux-guerres (…) Elle constitue l’acte de naissance de l’autonomisme qui couvait depuis 1919 ».

Immédiatement, les attaques contre le journal fusèrent. Le Journal d’Alsace et de Lorraine de Jules-Albert Jaeger traita les dirigeants de « comploteurs, tarés, moralement véreux, pro-allemands ou d’origine allemande ». Les nationaux l’accusèrent d’être financé par Berlin et à coup de millions de marks-or par l’industriel sarrois Röckling. Cependant, leurs propres journaux étaient tous plus ou moins subventionnés par Paris !!!

Pour couper court à ce déferlement d’attaques, le 3 janvier 1926, le Dr Ricklin se mit à la tête de la rédaction[13], assurant qu’il défendrait l’autonomisme « dans le cadre de la France » et que toute revendication séparatiste serait écartée. Il exigea encore des rédacteurs qu’ils s’engageassent à rejeter tout séparatisme et tout lien avec l’Allemagne politique ou financière.

2a. Ricklin caricaturé en agent allemand défenseur des particularités alsaciennes

Au sein de la Volkspartei, l’impact des revendications autonomistes faisait craindre un risque d’éclatement du parti où les « nationaux » organisaient l’agitation et pointaient une menace séparatiste. Pour préserver l’unité, elle s’en tint d’abord à une position critique. Mais par la suite, sous l’influence croissante de la Zukunft, elle révisa son programme dans un sens plus régionaliste allant jusqu’à reprendre le langage des autonomistes. Elle finit par se dégager de l’influence des « nationaux » de son aile droite. Quant aux partis traditionnels, menacés de perdre des adhérents, ils finirent eux aussi par adopter des idées plus ou moins autonomisantes.

 

3. Le Heimatbund monte aux créneaux : l’union fait la force !

Le contexte

Depuis 1924, un nouveau vent d’autonomisme soufflait sur l’Alsace. Des Alsaciens s’élevèrent alors contre les injustices et les tentatives d’oppression de Paris. Ils appelèrent les défenseurs des droits de la patrie, les Heimatrechtler, de l’ensemble de l’échiquier politique à former un pacte d’entente en vue de constituer un front uni. Dès lors, au sein des partis, la fracture entre assimilationnistes et Heimatrechtler ne cessait de se creuser. Le nombre de ceux qui pensaient que le moment était venu pour réaliser l’union des défenseurs de l’autonomie enflait.

Cependant, Paris continuait d’accumuler maladresses et faux pas. De sorte qu’à partir de 1926, la quasi-totalité des partis prônaient à nouveau l’autonomie de l’administration régionale avec un budget propre ainsi que des classes primaires en allemand. Même le parti bourgeois des démocrates libéraux, plutôt assimilationniste, se prononça alors pour une certaine décentralisation et en faveur d’un bilinguisme « mesuré ». Les communistes allaient jusqu’à prôner l’autodétermination et le plébiscite. Il n’y avait plus guère que le parti socialiste, toujours accroché à son jacobinisme invétéré, qui continuait à réclamer l’assimilation totale !

Après plusieurs réunions de concertation du comité en charge de constituer le Heimatbund, le 24 mai 1926[14], eut lieu la réunion de lancement au restaurant Luxhof à Strasbourg[15].

L’assemblée composée de soixante-cinq personnes était présidée par le Dr Ricklin, assisté de Jean Keppi, secrétaire général de la mairie de Haguenau, et de Médard Brogly, tous deux membres de la Volkspartei. Elle fut chargée d’entériner le lancement du Heimatbund en adoptant les grandes lignes de son Manifeste, élaboré par le comité réuni une première fois dès le 27 janvier 1926. Ce comité provisoire, constitué de Ricklin, Zemb et Keppi, fut chargé de publier la mouture définitive du Manifeste et de réunir 100 signatures. Le Dr Ricklin accepta la présidence et Jean Keppi la charge de secrétaire général.

  1. Jean Keppi (1888-1967).      4. Dr Eugène Ricklin (1862-1935)

Le Manifeste, signé entre temps par 102 personnalités, fut donc officialisé le 5 juin et publié à partir du 7 juin 1926 dans toute la presse catholique, puis dans les autres journaux[16].

Les signataires étaient de toutes les catégories sociales. Parmi eux, 2 conseillers généraux[17] et 3 députés de la Volkspartei[18]. Tous dénonçaient avec véhémence la politique d’assimilation de la France. Leur appel était adressé « à tous les Alsaciens-Lorrains fidèles à la Heimat » :

« C’est à une heure lourde de destin, que les soussignés s’adressent au peuple alsacien-lorrain pour l’appeler à l’action. Hésiter davantage, serait trahir notre pays et nous rabaisser nous-mêmes, car la mesure est comble.

Depuis sept ans, nous nous sommes vus jour après jour dépouillés de nos droits dans notre propre Heimat ; toutes les promesses solennelles qui nous ont été faites, ont été bafouées ; on a cherché à étrangler nos caractéristiques ethniques, notre langue, nos traditions et nos coutumes. Nous savons aujourd’hui que les fanatiques partisans de l’assimilation veulent s’attaquer à l’essence même, à l’âme et à la culture du peuple alsacien-lorrain, sans respect aucun de la liberté de conscience et de la conviction intime des Alsaciens-Lorrains. Dès que nous parlons des droits et des libertés, naturels ou acquis, de notre Heimat et de notre peuple, on nous raille, on nous accable de calomnies et de menaces. Sous aucun prétexte, nous ne supporterons plus longtemps cette situation affligeante ». 

Le Manifeste appelait à l’union de tous les Alsaciens-Lorrains conscients d’eux-mêmes et à leur lutte pour les droits de la « minorité nationale alsacienne-lorraine ». Le combat étant existentiel, il les invitait à établir un front unique, « afin de ne pas affaiblir notre force combative par des querelles idéologiques ou des querelles de partis ».

  1. – Ricklin refusant la main tendue par Poincaré (Tyll)

Les grandes lignes de la doctrine politique du Heimatbund

C’est dans un esprit fédéraliste que les signataires demandaient « l’autonomie complète dans le cadre de la France » à travers la création d’un État alsacien autonome avec son exécutif, son assemblée législative élue au suffrage universel et son administration propre. Nulle part, il n’était question d’une quelconque revendication de souveraineté. Cette autonomie serait le garant du respect religieux, culturel, économique : « La garantie des droits ethniques imprescriptibles et inaliénables du peuple alsacien et lorrain ne sera assurée que si nous obtenons, en notre qualité de minorité nationale, l’autonomie complète dans le cadre de la France ».

. En matière religieuse, le Manifeste affichait ostensiblement une neutralité en préconisant « le maintien de la législation actuelle, jusqu’à ce que le peuple alsacien soit en état de prendre lui-même une décision définitive à ce sujet ». Il était ainsi favorable au maintien du statu-quo. Pour permettre une plateforme commune avec les partis anticléricaux, le Heimatbund fut ainsi contraint de mettre de côté les problèmes religieux, ce qui fut sa faiblesse.

. Pour les Heimatbündler, la langue était l’âme du peuple. Aussi réclamaient-ils le respect de la langue régionale et un bilinguisme généralisé : « La langue allemande doit prendre dans la vie publique de notre pays le rang qui lui revient comme langue maternelle de la majeure partie de notre peuple et en tant qu’une des premières langues de culture du monde. À l’école elle doit être le point de départ et le véhicule permanent de l’enseignement en même temps qu’une matière d’enseignement avec examen terminal. Dans l’administration et devant les tribunaux, on doit lui accorder la même considération qu’à la langue française ».

. Concernant les revendications sociales, les Heimatbündler exigeaient plus de justice sociale et une réforme des impôts particulièrement injustes en Alsace. Par ailleurs, ils demandaient « une place au soleil pour nos enfants qui se sont orientés vers une carrière administrative. Eux seuls peuvent assurer ce travail administratif jusqu’aux postes les plus élevés, parce que du fait de notre particularisme linguistique et culturel, ce travail est deux fois plus difficile… ».

En outre, ils réclamaient l’autonomie complète du réseau des chemins de fer d’A-L ; la protection de l’agriculture, du commerce et de l’industrie d’A-L, dans tous les traités commerciaux étrangers, ainsi qu’à l’égard de la concurrence des départements de l’Intérieur ; le rétablissement de l’ancienne législation communale…

Pour finir, les Heimatbündler tenaient à affirmer leur attachement à l’idée de paix et de réconciliation franco-allemande : « Nous sommes partisans enthousiastes de l’idée de paix et de collaboration internationale, ennemis du chauvinisme, de l’impérialisme et du militarisme sous toutes ses formes. Notre pays doit être en mesure de devenir le point de rencontre entre deux cultures ; il doit participer à la réconciliation de la France et de l’Allemagne, et à l’œuvre de civilisation commune de l’Europe occidentale et centrale ».

Leur intention appuyée était de « regrouper tout le peuple alsacien-lorrain dans une ligue de défense et ne pas être un nouveau parti, seulement une organisation destinée à amener les partis existants à renoncer à la politique d’atermoiement, de faiblesse et d’illusions, et à mener avec une force inébranlable, le combat pour les droits ethniques et du pays d’Alsace-Lorraine».

Un torrent de calomnies

L’appel déclencha une formidable levée de boucliers de la part des partis nationaux et de tous les tenants d’un chauvinisme étroit et haineux, ligués contre les revendications régionalistes des Alsaciens. Les initiateurs du Heimatbund furent voués aux gémonies. Même l’évêque y alla de sa condamnation, ce qui amena les membres catholiques du Heimatbund à s’en remettre à l’arbitrage du Pape.

À Paris, où le principe de subsidiarité était quasiment inconnu, on n’était pas loin de considérer qu’il s’agissait d’un acte de sédition en assimilant l’autonomisme au séparatisme. On subodorait l’« attentat perpétré contre l’unité nationale »[19].

Dans une France « une et indivisible » aux traditions centralistes si ancrées, les critiques les plus vives se concentrèrent sur la conviction des Heimatrechtler que les Alsaciens formaient une « minorité nationale ».

  1. Ricklin, présenté en uniforme allemand, ne rentre pas dans le « cadre de la France » (Tyll)

Parmi les plus virulents opposants aux Heimatbündler, les loges, les associations patriotiques, les socialistes, la presse royaliste et, plus généralement, la presse « nationale ». Ensemble, ils accablèrent les Heimatrechtler d’outrages et les diabolisèrent en les traitant de « francophobes », « séparatistes », « irrédentistes », « deutschvölkische Stahlhelmleute », « moisissure[20]». Des « comités d’action anti-autonomistes » furent créés en Haute et Basse Alsace pour lutter contre « les menées antinationales de la Zukunft et du Heimatbund ».

Cependant, l’impact du Manifeste dans l’opinion et les partis demeurait considérable. Aussi, les idées du Heimatbund se trouvèrent-elles rapidement au centre du débat politique. L’Alsace fut alors coupée en deux camps opposés : autonomistes d’un côté, « nationaux » de l’autre.

Paris choisit de sévir

À Paris, on s’affola et on chercha à donner à l’action des Heimatrechtler un caractère illégal et subversif. L’idée du recours à des sanctions pour faire taire les protestations alsaciennes gagna le gouvernement. En Alsace même, les journaux des nationaux appelaient à la répression. Ainsi le Journal d’Alsace et de Lorraine demandait au gouvernement d’user de « mesures de force » à l’encontre des Heimatbündler. À Paris, le journal « Le Temps » réclamait « des mesures d’exception contre les autonomistes ». Keppi répondra aux attaques par un tract percutant.

Aussi, par une note du 11 juin 1926, Pierre Laval, ministre de la Justice, ordonna-t-il une série de sanctions contre les signataires du Heimatbund, accusés de « porter atteinte à l’unité nationale ». Le but : les priver de moyens d’existence. Le gouvernement interdira également « toute réunion publique et toute manifestation ayant trait à la discussion sur l’autonomie politique de l’Alsace-Lorraine », ce qui renforça encore le sentiment d’injustice chez beaucoup.

Les sanctions 

. Tous les maires et employés municipaux signataires du Heimatbund furent immédiatement suspendus et déférés devant les instances disciplinaires ;

. Les fonctionnaires publics furent suspendus sur le champ de leur fonction (neuf cheminots et deux fonctionnaires). Deux autres subirent une mutation disciplinaire ;

. Son mandat officiel fut retiré au notaire de Benfeld, Achille Daessle ;

. La qualité de médecin-conseil fut enlevée à tous les médecins signataires ;

. Les deux conseillers généraux eurent le choix, soit de retirer leur signature du Manifeste, soit de renoncer à leur mandat.

Le Heimatbund vola au secours de ceux qui se trouvaient sans ressources par des quêtes et des souscriptions. L’Elsässer, l’Elsässer Kurier, la Heimat ainsi que les communistes protestèrent vigoureusement contre les sanctions. Idem pour la Volkspartei où, hormis les « nationaux », la plupart des élus, poussés par la base populaire, protestèrent énergiquement eux aussi.

La police politique fut chargée d’encadrer et d’étouffer cet autonomisme. À cette fin, elle utilisa des informateurs infiltrés et des agents provocateurs, fabriqua de fausses preuves et organisa des traquenards… obérant ainsi sérieusement la légitimité des procès qui suivront.

22 août 1926 : Der blutige Sonntag von Colmar

La répression eut pour effet de rapprocher Heimatbündler, communistes et autonomisants de la Volkspartei. Tous s’insurgèrent contre les sanctions et se sentirent solidaires. Une manifestation de protestation fut fixée au 22 août 1926 à 14h45 à Colmar ; le préfet Henri Gasser accorda par écrit l’autorisation gouvernementale. Ce jour-là, communistes, Heimatbündler (arborant un Bändele rot un wiss), hommes de la Zukunft et du Heimatrechtliche Flügel de la Volkspartei (section de Colmar) devaient manifester côte à côte.

Mais quand ils convergèrent à Colmar, ils tombèrent dans un piège ourdi par la préfecture qui, malgré l’autorisation officielle accordée, avait suscité une coalition de plusieurs centaines de patriotes et de fascistes venus des régions limitrophes (Camelots du Roi, militants de l’Action Française, Engagés volontaires, Anciens combattants…) et structurés en commandos d’attaque pour saboter la manifestation. Sur tout le parcours conduisant de la gare aux Catherinettes, les centaines de manifestants eurent à subir les assauts répétés des commandos de patriotes hurlant des injures, armés de cannes plombées, de matraques et de lattes cloutées. Une soixantaine[21] de Heimatrechtler furent blessés au sol[22]. La police laissa faire en assistant sans intervenir aux tabassages et aux brutalités perpétrées par les « patriotes » sur les Heimatrechtler… qui firent les frais des arrestations et des procès-verbaux. Quant au préfet Gasser, il régala de Freibier les gendarmes et les contre-manifestants patriotes.

L’Elsässer et l’Elsässer Kurier s’indignèrent de l’attitude de la gendarmerie[23] et du préfet. Au sein de la Volkspartei, on se déchirait sur l’attitude à adopter. De leur côté, assimilationnistes et nationaux jubilaient : « C’est une bonne journée pour la France ! », écrit le 23 août 1926 le Journal de l’Est, organe de la bourgeoisie nationale d’Alsace dirigé par Jules Albert Jaeger.

Cependant, les sanctions et les multiples polémiques qu’elles provoquèrent, permirent de clarifier les positions des uns et des autres au sein des partis, entre ceux favorables à l’autonomie et aux Heimatrechte et les autres plus « légalistes », sensibles aux discours des nationaux.

Pour répondre aux attaques, il manquait aux autonomistes un quotidien : le 23 décembre 1926, il fut remédié à ce manque par la création, à l’initiative du Dr Ricklin, de la Volksstimme placée sous la direction de l’abbé Fashauer. Une maison d’édition, la Erwina, compléta le dispositif.

L’autonomisme alsacien se renforça encore avec la parution le 19 février 1927 du périodique la Wahrheit du baron Zorn von Bulach et, le 25 septembre 1927, par l’émergence d’un nouveau parti fondé par Karl Roos, qui en prit la direction, René Hauss et Paul Schall : l’« Elsass-Lothringische Autonomistenpartei ». [24]

Les positions se durcirent

À Paris, on pensait que l’intimidation suite aux sanctions avait réussi. Or, le Heimatbund continuait à agir comme un catalyseur du mouvement autonomiste. En effet, si dans un premier temps les grands partis[25]restèrent sur une prudente réserve, l’idée d’un front uni de tous les partis de la Heimatbewegung n’en continua pas moins d’avancer. Les positions se durcirent et des lignes de fracture apparurent au sein des partis. Des recompositions suivirent.

Dissensions et disparition du Heimatbund

En mai 1927, suite aux dissensions apparues au sein du Heimatbund entre ceux, comme Keppi ou Ricklin, qui souhaitaient que le mouvement restât un mouvement d’action et de réflexion au-dessus des partis et ceux, derrière Schall et René Hauss, qui voulaient en faire un parti autonomiste, Keppi démissionna de son poste de secrétaire général et retourna à la Volkspartei. Il fut remplacé par le Dr Karl Roos qui fut le dernier secrétaire général du Heimatbund.

Scissions autour d’un clivage autonomistes / jacobins : l’ombre du Heimatbund

En novembre 1928, face au nombre grandissant de ses membres qui se sentaient irrésistiblement attirés par la Zukunft et les idéaux du Heimatbund, la Volkspartei adopta une résolution régionaliste en faveur d’une administration régionale, d’un conseil régional composé de représentants élus et d’un budget régional. L’aile nationale du parti était désormais minoritaire.

En décembre 1928, une scission intervint au sein de la Volkspartei du fait de la démission des députés nationaux[26] qui fondèrent l’Action Populaire Nationale d’Alsace (APNA), un parti qui ne trouvera guère d’audience ni dans le clergé, ni dans les milieux populaires. La Volkspartei[27](UPRNA), adopta alors le sigle UPR en abandonnant « Nationale d’Alsace ». Le départ des « nationaux » consacra le triomphe des autonomisants qui s’emparèrent des commandes du parti. Dès lors, le parti catholique fut résolument régionaliste/autonomiste.

Exclu du Parti communiste qui l’accusait de collusion avec les forces bourgeoises et les autonomistes cléricaux, en juin 1929, le député Jean-Pierre Mourer créa le Parti Communiste – Opposition que rejoignit le député communiste Charles Hueber, suivi par la majorité des communistes de Basse-Alsace[28]. Ce parti autonomiste/séparatiste eut comme alliée la Landespartei, plus éloignée de la sphère cléricale, et dont il se sentait le plus proche quant aux revendications sociales[29].

Même scénario chez les radicaux, laïques et anticléricaux, où de vives tensions apparurent entre Lucien Minck, directeur de La République et rallié au centralisme, et le pasteur Georges Wolf. Favorable au Einheitsfront, ce dernier fut à l’origine de la mutation autonomiste du radicalisme alsacien. En effet, le 3 octobre 1926, Georges Wolf claquait la porte de la rédaction du journal et celle du parti, provoquant ainsi la scission au sein du mouvement radical alsacien. En novembre 1926, suivi par Camille Dahlet[30], il fonda la Elsässische Fortschrittspartei, un parti autonomiste progressiste, qui se donna comme organe Das Neue Elsass.

À nouveau la répression

Plutôt que de chercher à éteindre l’incendie en répondant aux vœux des Alsaciens, le gouvernement opta à nouveau pour la répression. Elle commença avec l’interdiction de tous les journaux autonomistes, dont la Zukunft et la Volksstimme, en vertu d’une loi autorisant le gouvernement à interdire, sur l’ensemble du territoire, « les journaux paraissant en langue étrangère ». Un odieux déni de droit, non seulement parce que l’allemand était la langue légitime d’Alsace, mais aussi parce que cette mesure avait un caractère discriminatoire, l’écrasante majorité des journaux en Alsace étant rédigés en allemand… y compris les feuilles nationalistes. Entre le 12 décembre 1927 et le 17 mars 1928 plus d’une demi-douzaine de titres autonomistes furent ainsi interdits.

Le procès de Colmar de mai 1928, der Komplottprozess

Dans la nuit de Noël 1927, la police spéciale procéda à plus de 100 perquisitions. Entre décembre 1927 et mars 1928, 23 des principales figures des Heimatrechtler[31] furent arrêtées sous l’accusation de « complot contre la sûreté de l’État et l’unité nationale » (par insuffisance de charges, 8 prévenus furent libérés en cours d’instruction). Tout au long du procès, ouvert à Colmar le 1er mai 1928, on chercha en vain la réalité du complot. Aussi, faute de preuves, le « Komplottprozess », aboutira à un retentissant flop judiciaire : 11 des quinze inculpés présents au banc des accusés furent acquittés et remis en liberté, seuls Rossé, Ricklin, Schall et Fashauer furent condamnés à un an de prison et 5 ans d’interdiction de séjour, une condamnation qui provoqua un tollé général… aussi furent-ils tous libérés dès juillet 1928. Karl Roos, condamné à Colmar par contumace à 15 ans de détention et 20 ans d’interdiction de séjour (12.6.1928), fut rejugé à Besançon en juin 1929 et acquitté. La lutte pour l’autonomie allait continuer.

Succès électoraux historiques

À partir de 1928, les autonomistes de tous bords que le Heimatbund avait contribué à mobiliser, volèrent de victoire en victoire. Ils engrangèrent leur premier succès aux législatives d’avril 1928 où les autonomistes/régionalistes emportèrent 11 sièges[32] de députés sur 16.

Aux cantonales d’octobre 1928, les candidats officiels de l’UPR se heurtèrent presque partout aux autonomisants de l’aile gauche du parti, partisans du front unique prôné par le Heimatbund.

Aux municipales de mai 1929, grâce au Volksfront, les autonomistes emportèrent un véritable triomphe à Strasbourg[33], Colmar, Haguenau, Saverne, Huningue, Sélestat et dans de nombreuses autres localités.

  1. L’Einheitsfront caricaturé par Tyll (R. Heitz)

Impact du Heimatbund

Grâce au Heimatbund, qui fit bouger les lignes, un grand pas vers l’autonomie était franchi. En structurant et en popularisant le mouvement autonomiste, en lui donnant un contenu politique, fondé sur un évident particularisme et une légitimité historiques, culturels et économiques, il poussa les partis et les forces existantes à la constitution d’un front unique (Einheitsfront), condition du succès.

Ferment de l’autonomisme en Alsace, le Heimatbund imprima sa marque dans le débat politique alsacien de mai 1926 jusqu’au coup d’arrêt brutal imposé par la guerre et ses conséquences.

Cent ans après la date anniversaire du 24 mai 1926, la commémoration du Heimatbund prend tout son sens, notamment dans le contexte actuel d’un retour de l’Alsace dans son périmètre administratif historique, tel qu’il a été approuvé en première lecture par l’Assemblée nationale.

 

Bernard Wittmann
Historien de l’Alsace

  1. Promesses, non tenues, du Gal Joffre (24 novembre 1914 à Thann)

 

[1] Journal d’un instituteur alsacien, éd. Hachette, 1989, p.18.

[2] Cité par Pierre Maugué, Le particularisme alsacien 1918-1967, éd. Presses d’Europe, Paris 1970, p.49.

[3] Charles Scheer, n°7-9 de la Christliche Welt, 1914, Pour la compréhension de l’âme alsacienne.

[4] Bernard Vogler, Histoire politique de l’Alsace, éd. Nuée Bleue, 1995, p.213.

[5] : « C’est le plus éclatant des plébiscites », s’exclamait le Président Poincaré à la mairie de Strasbourg le 9 décembre 1918.

[6] Pour avoir pris position en faveur d’un plébiscite et de l’autonomie, l’ancien président du Landtag, le Dr Ricklin, fut envoyé en exil à Kork (Kehl) et ne fut libéré qu’en 1920.

[7] Une petite place est toutefois laissée à l’enseignement de l’allemand à raison de 3 heures par semaine… mais uniquement à partir de la 4e année scolaire.

[8] Le 22.11.1921, dans son discours officiel prononcé le 22.11.1921 lors de la rentrée solennelle de l’Université.

[9] Càd l’abrogation du Concordat de 1801, toujours en vigueur en Alsace, et la fin de la loi Falloux de 1850.

[10] Il sera remplacé le 25 octobre 1925 par la Direction des Services d’Alsace et de Lorraine rapatriée à Paris. Tout allait à nouveau passer par Paris qui décidait de tout.

[11] Le tirage initial de 3000 exemplaires dépassera 22 000 en décembre 1925, puis 35 000 au printemps 1926.

[12] Philippe Husser, Journal d’un instituteur alsacien, Hachette 1989, p.309.

[13] Parmi les collaborateurs réguliers citons R. Hauss, l’abbé Zemb, les pasteurs Hirtzel et Maurer, P. Schall, E. Matter et le peintre Henri Solveen.

[14] Dès le 7 mars 1926, le rédacteur en chef du journal radical-socialiste La République, Georges Wolf, avait lancé l’idée d’un « front unique des partis de sensibilité alsacienne ».

[15] Jean Keppi fut un des principaux artisans du Manifeste. Soutenu par le Dr Ricklin, Joseph Rossé, Médard Brogly et les abbés Gromer et Zemb, c’est lui qui rédigea le projet de base.

[16] Il sera également diffusé dans toute l’Alsace-Lorraine sous forme de feuilles volantes.

[17] Edmond Herber (Wissembourg) et abbé Georges Gromer (Haguenau).

[18] 3 députés de la Volkspartei (Joseph Silbermann, Médard Brogly, Camille Bilger), qui avaient initialement donné leur accord, furent ensuite contraints de se retirer suite au refus du comité directeur de leur parti.

[19] Cf Die Heimat, n°7, juillet 1926.

[20] Pierre Fervacque, L’Alsace minée, 1929.

[21] Chiffre de la Heimat n°9 sept. 1926 p.258.

[22] À son arrivée à la gare, le Dr Ricklin fut sauvagement frappé à la tête et s’écroula dans une mare de sang.

[23] L’abbé Haegy parla de « Kulturschande » dans l’Elsässer Kurier !

[24] Ce parti réclamait l’autonomie politique pour l’Alsace-Lorraine dans le cadre de la France et en application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ainsi qu’« une Alsace libre dans les Etats-Unis d’Europe ». De sa fusion avec l’Oppositionsblock de Zorn v. Bulach, à partir du 19 nov. 1927, naîtra l’Unabhängige Landespartei.

[25] Comme le parti catholique (UPR) grand vainqueur aux législatives de 1924.

[26] Les députés Weydmann, Oberkirch, Bourgeois et Pfleger.

[27] En 1919 UPRA, depuis 1921 UPRNA – Union populaire républicaine nationale d’Alsace.

[28] Les communistes orthodoxes les traiteront de « Herz-Jesu-Kommunischte » pour railler leur alliance avec les autonomistes cléricaux.

[29] À partir du 1er septembre 1929, le K.P.-O eut pour quotidien Die Neue Welt.

[30] En mai 1925, après la parution de la Zukunft, le radical Camille Dahlet quitta la rédaction de la République.

[31] Pour l’essentiel issues du Heimatbund, de la Volkspartei, de la Landespartei et de l’Oppositionblock (Bulach).

[32] En avril 1928 Rossé et Ricklin furent élus députés en prison battant les deux candidats officiels de la Volkspartei.

[33] Grâce à l’alliance entre autonomistes, cléricaux et communistes.