Nous mettons en garde nos lecteurs contre les innombrables fake-news, volontaires ou involontaires qui circulent dans la littérature et la toile concernant l’histoire de l’Alsace ; à commencer sur Wikipédia…
L’histoire de l’Alsace ne commence pas en 1870 et, encore moins, ne se résume-t-elle à la Seconde Guerre mondiale. Comprendre le drame des Malgré-nous nécessite de le contextualiser. D’autant que la réalité historique vécue par les Alsaciens ne correspond pas aux clichés diffusés dans la société française qui, depuis 150 ans, sont destinés à nier l’ancrage multiséculaire de l’Alsace dans l’espace linguistique germanophone, pourtant fondateur de la singularité et de la richesse culturelle de cette région frontalière au cœur de l’Europe.

L’annexion à la France va débuter avec le traité de Munster qui, en 1648, met fin la Guerre de Trente Ans et permet à Louis XIV de récupérer les possessions des Habsburg – mais uniquement celles-ci ; elles correspondent à l’actuel Sundgau (Sud du Haut-Rhin) – puis, par la force, la ville libre de Strasbourg en 1681 et, en 1697, tout le territoire de l’Alsace par le traité de Ryswick (à l’exception de Mulhouse qui ne deviendra française qu’en mars 1798).
Jusqu’à la Révolution française, l’Alsace – dont la frontière douanière se situait alors sur la crête des Vosges – aura le statut de province à l’instar de l’étranger effectif. Les Révolutionnaires établiront la frontière sur le Rhin. Malgré ces changements de souveraineté, les Alsaciens continuent d’appartenir à l’espace linguistique et culturel germanophone.
Par le traité de Frankfurt/Francfort de 1871 qui met fin à la guerre déclarée par la France à la Prusse, l’Alsace redevient allemande. En effet, l’accord de cession voté le 4 mars 1871 par l’Assemblée nationale stipule : « La France renonce en faveur de l’Empire allemand à tous ses droits et titres sur les territoires situés à l’est de la frontière ci-après désignée » ; en l’espèce, l’Alsace et la Moselle (dans leurs limites actuelles) et une partie de la Meurthe. Par ce traité, reconnu par la communauté internationale, « […] l’Empire allemand possédera ces territoires à perpétuité, en toute souveraineté et propriété. ». Ces territoires cédés formeront ensemble le Reichsland Elsass-Lothringen qui, le 31 mai 1911, sera doté d’un Parlement / Landtag lui conférant un statut de quasi-Etat bénéficiant d’une forte autonomie au sein de la confédération allemande. Les Alsaciens deviennent des Reichsdeutschen.
Les 380 000 Feldgrauen Alsaciens-Mosellans mobilisés durant la Première Guerre mondiale le seront donc dans la plus stricte légalité et ils combattront loyalement dans l’armée du Kaiser pour la défense de leur patrie / Vaterland. Leur prétendu cœur français sous l’uniforme allemand est une invention de la propagande française pour justifier l’absence de referendum à la fin de la guerre. A partir du 11 novembre 1918, la France occupera militairement l’Alsace (et la Moselle) jusqu’au 10 janvier 1920, date de promulgation de la loi d’entrée en vigueur, après ratification par le Parlement français, du traité de Versailles signé le 28 juin 1919. Aucune instance officielle alsacienne n’a jamais sollicité la « libération » de l’Alsace par la France. En 1918, la population célèbre avant tout la fin de la guerre.
Dès l’occupation de novembre 1918, la France va engager une politique brutale de francisation d’une population qui, depuis 1 700 ans, appartient à l’espace linguistique et culturel germanophone. Cette réalité est essentielle pour aborder l’histoire des Alsaciens, sans laquelle il est impossible de comprendre la singularité, toujours actuelle, de ce territoire.
