Ce texte est la version résumée d’une version détaillée.
UNE MEMOIRE DE LA LANGUE ALSACIENNE POUR UNE LANGUE DU XXIème SIECLE
Pour sauver les dialectes alsaciens (alémanique et francique), un courant sociolinguistique en Alsace tente aujourd’hui de les ériger en langue autonome, détachées de l’allemand standard, aussi appelée Schriftsprache (langue écrite). Une erreur grave, selon Unsri Gschicht : aussi une mémoire croisée de la langue qui allie expression dialectale orale et expression standard écrite peut fonder une pédagogie tournée vers l’avenir au sein de l’espace linguistique germanophone qui compte plus de 100 millions de locateurs natifs.
UNE CULTURE DE LA MEMOIRE POUR COMPRENDRE UNE STRUCTURE DE LA LANGUE
La langue des Alsaciens est apparue sous la forme dialectale, lors des grandes migrations de populations, avec la fin progressive de l’empire romain aux IVe, Ve siècles. Deux populations – les Francs et les Alamans – conditionnent ce tournant linguistique. Cette origine explique le caractère actuel transfrontalier de la langue, dans les régions du Rhin supérieur et de Saar-Lor-Lux. Progressivement, durant le Moyen-Âge, se développent des formes écrites partant de plusieurs dialectes. Ces derniers participent à l’émergence de formes standards en fonction du poids politique au sein du Saint-Empire-romain. Ainsi, les dialectes francique et alémanique seront, entre 1050 et 1350, une des étapes originelles de la langue allemande, le Mittelhochdeutsch, langue écrite de la chanson courtoise allemande. Cette histoire entrainera, en fonction des catégories sociales, une diglossie des locuteurs, alliant une expression orale et écrite. Celles-ci auront des fonctions distinctes, mais complémentaires ; le dialecte étant l’expression d’enracinement de la langue (Heimat), la Schriftsprache, représentant l’intercompréhension enrichissante entre les dialectes. Ceci constitue le socle germanophone. Le nationalisme contemporain le remettra en cause, transformant le standard en « langue de l’ennemi » et reléguant le dialecte au rang de folklore frelaté. Globalisation et rurbanisation seront après 1945 des éléments d’un affaiblissement supplémentaire.
UNE CULTURE DE LA MEMOIRE POUR UNE PEDAGOGIE D’UN ESPACE QUI INTEGRE L’ALSACE
Dans le contexte d’un véritable effondrement de la langue des Alsaciens, se pose la question d’une réappropriation de notre langue et donc d’une pédagogie collective. Celle-ci est d’abord scolaire et sociétale, mais les diverses étapes, au risque de s’opposer à la mémoire de la langue, se doivent de se compléter (enseignement paritaire et immersion) et ne pas s’opposer dans des discours stériles contradictoires. L’Alsace a connu de formidables initiatives qui ont associé les deux expressions de la langue régionale d’Alsace (la réforme Holderith entre 1969 et 1976), puis plus récemment l’enseignement immersif. Il serait faux de dire que les deux démarches s’opposent alors qu’elles ne sont que des étapes successives et nécessaires.
Il est donc tout aussi faux de dire que le standard régional ne serait pas en danger, tant que les programmes nationaux ne prévoient pas une exception alsacienne pour les programmes scolaires d’allemand/dialectes et d’histoire régionale. L’enjeu premier n’est pas seulement l’avenir de notre langue, mais aussi celui d’une approche transfrontalière des nouvelles générations et de la qualité de leurs compétences bilingues. Le jour, où les CSP entre le CAP et le Bac+2 auront compris que le dialecte est l’approche idéale pour intégrer la culture d’entreprise si précieuse aux entreprises rhénanes et que le standard est la première langue de formation dans le Rhin supérieur, la langue d’Alsace se sauvera d’elle-même. Une approche qui aborde à la fois les deux expressions que la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) doit absolument promouvoir à travers l’Office public de la langue régionale d’Alsace (Opla) qu’elle vient de créer.
Au final, l’erreur de la sociolinguistique serait de ne pas croiser les apports d’autres disciplines. Même si l’identité est importante, l’emploi de la double expression régionale ne se limite pas seulement à celle d’une langue-identité. Le standard allemand concerne aussi directement l’avenir de 10% de la population alsacienne : un tiers de la population active en Alsace nord et un tiers en Alsace sud sont des travailleurs transfrontaliers. Voilà l’autre face – et l’autre enjeu – d’une langue alsacienne étroitement lié à l’allemand standard, langue de formation première du Rhin supérieur.
Ce texte est la version résumée d’une version détaillée.
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EINE ERINNERUNGSARBEIT DER ELSÄSSISCHEN SPRACHE FÜR EINE SPRACHE DES 21. JAHRHUNDERTS
Soziolinguistik und historische Erinnerungsarbeit sind eng miteinander verknüpft und prägen Struktur und Qualität einer Sprache und ihrer Dialekte. Dieser doppelte Ausdruck ermöglicht nicht nur das Verständnis der Sprachstruktur, sondern bildet auch Sinn und Grundlage der Sprachpädagogik. Sie können nicht getrennt betrachtet werden, denn dieser doppelte Ansatz gewährleistet Qualität und schafft die Basis für eine umfassende Sprachpolitik. Sprache ist ein Recht. Die kollektive Erinnerungsarbeit der Sprache ist es ebenfalls.
